13 novembre 2012

John who?

Je me suis posé la question cet été.

 

J'étais en Corse, en train d'essayer de me reposer de la rougeole de mon fils d'écouter les cigales, et on m'avait prêté le September Issue français. Pour ceux qui ne pratiquent pas (ou qui, comme moi, ont perdu toute capacité de réflexion et de mémoire à l'avènement de leur gamin), il s'agit donc du numéro de septembre de Vogue, qui détermine les grandes lignes de l'année à venir, question fachieune (en l'occurence le noir, mais ça, vous vous en fichez).

Le Vogue en question titrait: Qui est Raf Simons?

 

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Là, en haut à droite (l'autre droite) je mens pas, vous voyez?


Raf Simons, c'est donc le nouveau responsable haute couture de l'illustre maison Dior, qui a été choisi, sûrement après moult péripéties, pour succéder à John Galliano.

John who?

John Galliano, l'enfant terrible de la mode, celui que tout le monde s'acharnait à reconnaître comme un génie, un peu comme Alexander McQueen. Sauf qu'Alexander McQueen a finalement mieux fini dans son malheur, le pauvre, puisque son suicide a fédéré tout le monde à sa suite. Peut-être eut-il mieux valu pour John Galliano qu'il soit lui aussi brisé en plein élan, même si je ne considère évidemment pas que la mort d'un homme est souhaitable.

A la place de ça, il a travaillé dur, enchaîné les drames personnels, et surtout donné le change... jusqu'à péter un câble. En février 2011, le couturier a eu des propos inqualifiables envers des gens attablés à une terrasse, dans le Marais. Des insultes que j'ai trouvées particulièrement violentes envers les juifs.

 

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John Galliano, le rabbin antisémite


John Galliano a donc été viré de chez Dior avec pertes et fracas, s'est fait traîner devant la justice, s'est excusé... ses pathétiques excuses sur fond de dépendances et de "j'étais-pas-dans-mon-état-normal" n'y ont évidemment rien changé, le mal était fait et personne ne pouvait décemment laisser passer ça.

 

Je n'ai ensuite plus entendu parler du couturier. Tout s'est fait très rapidement, comme pour étouffer l'affaire (qui devait être bien embarrassante pour LVMH). J'ai entendu, au détour d'une brève, que la marque portant son nom lui avait aussi été retirée, le privant dès lors d'utiliser son nom. Quel anéantissement pour une personne, d'être dépossédée de son patronyme!

2012, enfin, la France a décidé, très discrètement encore une fois, de retirer sa Légion d'Honneur à l'homme qui n'était déjà plus rien.

 

Et depuis... rien.

Je n'arrive pas à m'empêcher d'avoir de la peine pour cet homme qui a vécu porté par l'adoration de tous les puissants de la mode, et qui est maintenant réduit à néant, sans aucune possibilité de rédemption. Car qui voudrait embaucher quelqu'un, par qui un si grand scandale est arrivé? Qui y risquerait son nom et sa réputation?

Il continuera probablement à vivre de cure de désintox en cure de désintox, soigneusement caché aux yeux du monde, soigneusement écarté de toute cette vie mondaine qui a si longtemps été son quotidien.

 

Et sûrement, un jour, on apprendra que John Galliano a mis fin à ses jours. La planète mode se rappellera avec émotion quel artiste il avait été, des rétrospectives seront consacrées a cet enfant chéri, dont l'ascension n'a eut d'égale que la fulgurance de sa chute. Mais personne ne se souviendra qu'ils l'ont tous condamné.

 

J'espère que ce jour n'arrivera pas.

Posté par Cumulomnibus à 19:21 - La minute parisienne de l'exilée - Commentaires [0] - Permalien [#]

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